Je ne serai pas optométriste

Le voyage qui a sonné le glas de ma carrière d’optométriste (le choix de mes parents), a été ma première année en Europe. J’y ai appris tout ce que je ne voulais pas faire, devenir, ni être. J’y ai découvert une nouvelle langue ou culture en changeant de vallée, en me réveillant le matin dans un autre pays au terme de quelques heures de train. Certains de ces pays n’existent même plus, comme la Yougoslavie et la Tchécoslovaquie; d’autres ont quitté le bloc de l’est pour rejoindre l’Europe et sa monnaie commune. J’ai des piles de Dinars, de Zloty et de Forints qui ne valent plus rien. Sarajevo était magnifique l’hiver, avant la guerre. Personne ne parlait anglais en Pologne et les services secrets voulaient savoir pourquoi j’étais là. L’Irlande était pauvre à cette époque.
Au téléphone, encensant la vallée suisse de Lauterbrunnen, mes parents ont admis que c’était là que j’avais été conçu. Sur une ile en Grèce, j’ai travaillé comme gardien de nuit dans une auberge de jeunesse; et vendu des bracelets sur la plage le jour. Je suis revenu au bercail en passant par l’Islande, un certain 24 décembre, déguisé en Père Noël. Quelques mois plus tard, je retournais pour travailler en tant que bûcheron en Bretagne, et encore un autre saut en Suisse. Rafting, canyoning, zip-lines, escalade, rando, je gagnais bien ma vie en partageant mes passions pour mieux partir voir ailleurs le reste du temps. Pourquoi pas au delà du cercle polaire en Scandinavie en plein hiver, parmi les icebergs au Groenland, aux points les plus au sud, à l’ouest et nord du continent africain en passant par 18 de ses pays, de la Suisse au Népal par voie de terre, la Palestine et l’Afghanistan en temps de guerre, le Tchad, Haïti et le Pakistan en temps de crise humanitaire, l’Asie du sud-est, les Caraïbes et les Amériques, juste parce qu’elles sont mystérieuses. Autant de noms, de points sur une carte. Autant de langues, de façons de penser et de faire. Autant de rêves à réaliser.


Non, je ne pouvais pas devenir optométriste.

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